Elles sont comédiennes, dans la branche humoristique. Elles nous font rire par la satire, la parodie, le burlesque, l’absurde ou l’ironie. Comiques de notre temps, elles offrent des textes sur fond de thèmes diversifiés. Retrouvez en portraits, dans les lignes qui suivent, quelques personnalités familières.

Impossible d’évoquer la carrière des jeunes femmes noires comédiennes humoristes des années 2000, sans citer celles des années passées, des plus illustres aux plus inconnues. Les unes et les autres sont devenues des monuments incontournables. Elles ont donné, elles donnent ses lettres de noblesse à une discipline dont la place a du mal à se préciser parmi les grandes professions artistiques. Difficile d’opérer un choix entre l’humour, le cinéma et le théâtre quand on est doué pour les trois. Il n’est pas aisé de dire pourquoi le genre humoristique reste le mal aimé de la famille des arts. En 1919, dès l’âge de 13 ans, Joséphine Baker partait en tournée aux USA avec le Jones Family Band et le Dixies Steppers pour des séances de sketches comiques. Elle n’a intégré le monde artistique proprement dit qu’en quittant les milieux comiques. Dans le même registre artistique, un grand monument de la scène qu’est Whoopi Goldberg a longtemps joué dans l’humour avant de se révéler une grande actrice de cinéma. Des femmes de toutes les conditions leur emboîtent le pas. En activité ou pas, elles s’appelent Wanda Sykes, Aisha Tyler, Mo’Nique (plus connue pour avoir été un défenseur des femmes en surpoids), pour ne citer que quelques unes. Elles ont connu, elles connaissent une très brillante carrière artistique, après avoir fait un passage remarqué sur des planches humoristiques.

Plus près ou loin de nous, en France, au Canada, dans les îles de la Caraïbe et en Afrique subsaharienne, des noms de femmes noires humoristes émergent et font le bonheur d’un public habitué des scènes. Avant de devenir leur métier, l’humour fut, pour certaines d’entre elles, une passion d’adolescence. L’humour est devenu leur passe-temps ou un vecteur propre à faire passer un message. Autodidactes formées sur le tas ou professionnelles sorties des bancs de quelques rares écoles d’art, ces femmes exceptionnelles font leur preuve dans un espace déjà occupé par les arts majeurs de la scène, que sont le cinéma, le théâtre, la danse et la chanson. Elles accèdent, peu à peu, à la notoriété sans prendre la grosse tête. Elles prennent au sérieux leur responsabilité : offrir au public du pur bonheur tout en faisant réfléchir, au travers des thèmes abordés dans un style original. Pour y parvenir, elles châtient l’ordinaire des communs des mortels en riant. Elles tournent en ridicule des caractères ou des vices à la mode. Elles transposent sur scène, dans le rire, les joies et les peines des personnes venues les écouter. Le courant passe avec les compliments d’un public conquis. Il gratifie ses vedettes d’applaudissements nourris. Preuve qu’il découvre, par la voix de la comédienne, un message subtil, implicite. Qui sont donc ces femmes qui nous bercent par leur fou rire ?

Le franc parler de Dorothy Rhau

Au Canada francophone, on se presse au portillon pour voir le « one-woman-show » de l’humoriste québécoise d’origine haïtienne Dorothy Rhau. Née en 1973 à Montréal, Dorothy Rhau  a grandi au sein d’une famille haïtienne, arrivée à Montréal en 1971. Bien qu’ayant grandi au Québec, elle ne rate rien de ce qui a fondé  ses racines créoles. De prime abord, sa carte de visite nous renseigne sur ses atouts : animatrice, chroniqueuse et recherchiste. Son terrain d’activité reste la radio, la télévision, la rédaction d »articles et le recrutement dans le service des ressources humaines à Emploi-Québec: agence attachée au Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale.  Aujourd’hui, elle est humoriste chez Communications Bugingo et Kitembo et Conseillère en dotation et en développement. Mais le milieu dans lequel elle s’épanouit le mieux, reste la scène théâtrale. Elle y infuse l’hilarité par des propos déconcertants. Elle aime son métier. Son emploi à temps plein en ressources humaines et son statut de maman n’ont jamais été un frein à sa vocation d’écrire des textes et de les déclamer pour faire rire. Les textes de Dorothy Rhau sont empreints d’une liberté de ton certaine. Dans un accent canadien, elle dit crûment ce qu’elle pense. Ses mots sont poussés à l’extrême provocation et frisent la rupture avec cette pudeur verbale qui régule les manières de parler de certaines choses. Elle a sa façon de s’imprégner de l’image des femmes qui fantasment sur les hommes noirs; elle sait parler de rondeurs des femmes; de réels complexes vestimentaires que la femme ne parvient pas à assumer (l’histoire de string…); du célibat, du dada, etc.  Dorothy Rhau complète ce tableau en abordant les réalités de la société québécoise. On aime son personnage Mémère qui décortique, avec dérision, le quotidien des minorités visibles dans son pays. On a apprécié, dernièrement, sa prestation dans Compagnie Créole, spectacle d’humour rassemblant des artistes québécois d’origine créole. On l’a vue convaincante, après son passage, en juillet 2011, au théâtre Monument-National au Canada, dans Couscous comedy show, collectif d’humoristes issus de différentes communautés culturelles et intégré dans la programmation d’un tremplin qui sélectionne des jeunes talents: le Festival Juste Pour Rire 2011. En peu de temps, Dorothy Rhau s’est forgée une large audience dans un espace investi par très peu de femmes. En septembre dernier, elle s’est associée à la campagne de la cinquième édition de la Pyramide de chaussures, une organisation qui se bat contre l’utilisation des mines antipersonnel et des bombes à sous-munitions.

Marie Alice Sinaman dans l’épisode d’une Miss

« Je suis née le 26 décembre 1971 au Port. Je suis l’aînée d’une tribu de 2 frères et 3 soeurs. J’ai commencé le théâtre à 19 ans… Mes secrets de beauté ? La bave d’escargot ! (Rires) Non, non je suis très sérieuse. Je l’achète en pharmacie, ce n’est pas celle de mon jardin. »  Marie Alice Sinaman n’est pas en déficit de mots quand il s’agit de répondre aux journalistes. Elle ne passe pas inaperçue dans les rues de l’Île de la Réunion. Le public a appris à l’adopter, à force de la voir sur les planches de théâtre qu’elle fréquente depuis une vingtaine d’années. On apprécie le charme de cette artiste que contredit son humour féroce, à l’instar de sa prestation dans “Miss Fonnker 2008”, pièce sarcastique s’il en est, qui s’inspirait de l’actualité. Plus précisément de la mésaventure d’un Mannequin, Miss de son état, menacée de destitution à la suite de la publication d’une photo osée à la Une du magazine La pas vu. Un subtil et raffiné rapprochement au portrait du Mannequin réunionnais Valérie Bègue dont la presse française se fit l’écho, après la publication de sa photo en tenue d’Eve, aux lendemains de son élection comme Miss France 2008.  Dans une interview à notre consoeur Femme Magazine de la Réunion, édition du 16 décembre 2010, sous la plume de Véronique Lauret, l’humoriste insistait sur sa démarche de parler de la condition des femmes. “J’ai envie de parler aux femmes. Et puis, plusieurs de mes personnages existent dans la vraie vie. Ma tante Thérèse, c’est vraiment ma tante Thérèse: dans la vie, elle boit sa dodo, elle a son chapeau de paille…“  En dehors de sa carrière artistique, Marie Alice Sinaman s’implique intensément dans la vie de cité, étant, par sa présence, au premier plan de nombreuses manifestations syndicales, sportives, scolaires et artistiques qui s’y déroulent. Elle n’hésite pas à mettre sa notoriété au service de quelques actions humanitaires. Elle fut marraine du Téléthon dont elle ouvrit les festivités initiées par l’Association Française contre les Myopathies à La Réunion en 2008.

Claudia Tagbo de Jamel Comedy

« Il y a 3-4 ans vous ne saviez pas qui j’étais ! » déclarait-elle à l’occasion d’un récent passage au Festival de la fiction TV de La Rochelle. Le ton était donné. A chacune de ses apparitions sur scène, Claudia Tagbo cerne les questions de notre temps..  joue sur plusieurs registres : cinéma, télévision, voxographie, théâtre, réalisatrice et metteur en scène. Originaire de la Côte d’Ivoire, seule femme qui a fait ses débuts au sein de l’équipe de Jamel Comedy Club, Claudia Tagbo est une humoriste qui fait parler d’elle pour son tempérament explosive sur scène. Après l’obtention de son bac, des études en Arts de spectacle, la voici définitivement investie dans le métier de comédienne. Régulièrement, elle fait appel à l’imaginaire exotique de la femme noire; cette femme aux formes généreuses. Elle s’inspire de la perception qu’ont les hommes de la femme, pour stigmatiser leur machisme sournois, perpétuel et méchant. Autre thème de prédilection de Claudia Tagbo : les éléments perturbateurs qui gâchent la vie telles les petites mesquineries qui tissent leur force dans les exclusions, le racisme et la haine. De l’engagement en perspective qu’elle n’arrête pas de défendre. “Je suis une femme à l’écoute de la vie. Effectivement, quand je parle par exemple des flics ou le spectacle en lui-même, je ne critique pas l’homme, je critique le système. Mon spectacle est un spectacle engageant, qui invite à la réflexion et non au spectacle engage.” D’autres thèmes mobilisent la force créatrice de l’artiste, à savoir :  la modernité et les traditions.  Dans les coulisses, Claudia Tagbo fait intervenir le savoir-faire d’une équipe de choc aussi bien dans le travail d’écriture (même si la majeure partie des textes sont de sa plume) que dans la mise en scène (faiseurs d’animation d’images, chargés de sons, etc.) En dehors de son “one-woman-show”, Claudia Tagbo prête son talent dans des créations collectives, à l’instar des séries télévisuelles United Color of Jean Luc, Tongs et Paréo, R.I.S.Police scientifique. En mai 2011, elle présentait son spectacle Comedy Gospel à Nantes, avant de tourner dans la série Une Estonienne à Paris de Ilma Gaar avec Jeanne Moreau. Toujours la même verve qu’on retrouvera, dès 2012, dans la série déjà tournée Les Seigneurs de Olivier Dahan, avec à  l’affiche José Garcia et Omar Sy. L’artiste est chaque dimanche à 19 heures au Théâtre des Mathurins à Paris dans son spectacle Crazy Claudia et chaque lundi sur Comédie dans Ce soir avec Arthur. Elle anime une chronique sur Radio Télé Luxembourg, dans l’émission A la Bonne Heure.

Les camionneuses de Aline Zomo-Bem

Aline Zomo-Bem est une  personnalité qui a fait ses preuves dans le monde de l’humour. Elle découvre ses aptitudes en arrivant en France. “C’est quand j’arrive en France que je fais le constat de mes aptitudes à prendre la parole en public, regardant simplement la télé le soir pendant des talk-shows. J’avoue que je m’entraînais déjà au Cameroun parce que je suis diaconesse. On reste debout pendant tout le culte en faisant des aller-retours dans la salle. J’ai donc rodé le stand-up au bled.” Après des études classiques entre le Lycée technique de Yaoundé et Ndi-Samba où elle a étudié jusqu’en terminale option sténodactylo, elle s’envole pour la France.  C’est un euphémisme de dire qu’Aline Zomo-Bem est une femme dynamique. Elle travaille en qualité de coordinatrice dans la Commission animation, intégration et diversité à Orsay.  Son père, bénévole à l’UNICEF, l’écrivain Abel Zomo Bem était un homme de plume. A son actif, des pièces de théâtre. Côté public, Aline Zomo court les scènes des cabarets et salles de spectacle pour le besoin de ses sketches. A chaque fois, le rire. Jusque dans sa présentation biographique où elle ne manque pas de placer une pointe d’humour. “Je suis une humoriste atypique parce que je commence l’humour à l’âge d’être grand-mère. Mais un adage le dit si bien “aux âmes bien nées la valeur n’attends point le nombre des années. Je m’investis dans les sujets tabous et je défends farouchement la cause des Noirs et des femmes. J’écris moi-même mes sketches…“  En 2009, dans différentes salles de spectacle, elle obtient des applaudissements nourris d’un public conquis après la présentation de “Mon adresse hymen”, un ensemble constitué de trois sketches, articulés autour des questions d’immigration, des classes françaises et des prostituées camerounaises à Paris appelées communément “camionneuses”.

Delphine Nyobé : L’enfant du slam

La plus jeune d’entre elles, Delphine Nyobé, slameuse, humoriste et comédienne fait son bonhomme de chemin. Née à Paris en 1976, de mère guadeloupéenne et de père camerounais, Delphine Nyobé s’inspire, pour ses textes, de sa condition de femme noire en France. Après un diplôme en Sciences de langage et en Français langue étrangère; après le début d’une carrière commerciale, elle prend des cours au Théâtre de l’Air Nouveau.  Elle découvre le slam avant de jouer dans des groupes de théâtre. En 2006, elle rencontre le comédien et slameur Emil Abossolo Mbo, qui va mettre en scène son spectacle. Sa pièce Chuis la seule ou quoi ? a obtenu un vif succès en août 2006 au Théâtre des Blancs-Manteaux à Paris.  A cheval entre le slam et la comédie, elle fait partie de 129H , une association de slameurs et rappeurs, tandis qu’elle dispense des cours dans des ateliers d’écriture en Île de France et en province. Aujourd’hui, elle intervient, en tant que slameuse et comédienne, sur différentes scènes parisiennes, de province (le Palais des Sports, le Zénith, l’Olympia, le POPB, le théâtre du Gymnase) et de l’étranger (Maroc, Sénégal, Niger, Suisse, Antilles françaises). La question des origines fait partie de la trame de fond de nombre de ses représentations, influencée qu’elle est par l’humoriste Dieudonné qui lui sert de modèle. “Il est pour moi le meilleur comédien depuis Coluche. Il sait passer du stand up à la comédie, en incarnant si bien son personnage qu’on en oublie sa couleur. Il reste le plus drôle. C’est l’homme qui m’a donné envie de faire le théâtre.” En général, les textes de Delphine Nyobé restent accrochants avec un brin polémiste. Elle déclarait, à notre confrère Afrik.com de juillet 2005, que : “Le texte le plus fort que l’on connaisse de moi s’appelle “Coups leurres” et aborde le thème de l’égalité. Il a été créé en 2003 dans le cadre d’un spectacle qui s’appelait Slam Opéra. C’est un texte qui est en règle général très apprécié des Noirs mais qui peut susciter la polémique. Notamment avec les Blancs qui ne sont pas à l’aise avec l’Autre. Ce texte, c’est mes tripes, je l’ai inclus dans mon spectacle après un sketch sur mes cheveux.” Très sollicitée par les organisateurs d’événements, elle ne modifie en rien les thèmes de ses textes.  Mais elle reste attentive à l’actualité immédiate et à ceux qui la font. On l’a dernièrement suivie dans un sketch vidéo diffusé par le magazine Jeune Afrique, à l’occasion des manifestations marquant le cinquantenaire des indépendances africaines. Son message était porteur d’une critique non voilée, après qu’elle ait  constaté « qu’il y a toujours ce rapport de dominant à dominé sur le continent. On ne fête pas le néocolonialisme.”

Nathalie Coualy, une inconditionnelle des lettres

Nathalie Coualy est une femme inventive. Elle  réussi à imposer son rythme parmi la ribambelle des femmes qui brillent dans la galaxie des humoristes. Le public en est ravi.  Certes, Nathalie Coualy a fait des cours avec Jack Walter, un des membres fondateurs de l’Actors studio. Mais, en dehors de sa vocation d’humoriste, elle porte d’autres intéressantes casquettes. A la fois comédienne, attachée de presse, journaliste, animatrice et mannequin, elle prépare ses spectacles avec exigence. Chaque petit élément du puzzle compte. Amoureuse des mots, elle se projette sur les registres de la littérature et de l’humour. D’un côté, elle monte sur scène pour décocher des flèches qui font rire, de l’autre elle réveille les consciences endormies. L’autre soir, au Théâtre parisien des Feux de la Rampe dans le 9ème arrondissement, elle était superbe dans Causerie imaginaire;  une conversation littéraire à deux basée sur les extraits des textes des écrivains de la Négritude Gontran Damas, Léopold Senghor et Aimé Césaire. Le comédien Jean-Michel Martial qui l’accompagnait dira du bien d’elle  : “J’ai l’habitude de lire ces auteurs et leurs textes; avec Nathalie, j’ai eu envie de travailler avec l’émotion d’une femme que je ne connaissais pas.” Dans ses rendez-vous scéniques, elle parle de quelques travers masculins, de la violence faite aux femmes et de la discrimination. En septembre 2009, au Sentier des Halles à Paris, elle offrait au public un répertoire décapant et hilarant. Son spectacle “Nathaly Coualy, de Nathalie Coualy par Nathalie Coualy” cernait  un thème de notre temps :  le meurtre symbolique du Père; un voyage intérieur écrit avec la collaboration de Pascal Légitimus dans une mise en scène de Juliette Moltes.

L’humour et non le sketch

Art difficile, s’il en est, le « one woman show » n’est pas encore entré dans les mœurs, en Afrique subsaharienne et dans les Îles de la Caraïbe. L’humour au féminin trouve sa consolation dans l’antichambre du théâtre, du cirque, voire des sketches télévisuels, qui font rire, certes, mais ne peuvent être considérés comme de l’humour au vrai sens du terme. En effet, phénomène de mode qu’on croise, sur le petit écran, dans nombre de salons de coiffure et autres commerces du monde noir, les sketches comiques sont cette capture des réalités de vie qu’un faible nombre d’acteurs présente tel qu’on le montre dans la vie. Sous forme de films distrayants, ces sketches traduisent la vie amoureuse, au quotidien, des couples en Afrique ou aux Antilles. On voit s’y côtoyer aussi bien des déboires, des rumeurs, des infidélités que des trahisons sur fond des questions d’argent.

Des talents peu encouragés

En France, on salue à peine l’humour pratiqué par les femmes noires. Cet humour rendu visible grâce au  Jamel Comedy Club, après avoir été porté sur scène parallèlement aux  émeutes des banlieues de 2006. Copié sur le modèle d’émission, le stand up américain (humoriste debout, micro à la main, en mouvement sur la scène) cette structure a révélé au public le travail de quelques talents humoristiques;  parmi eux, très peu de femmes noires. Beaucoup d’appelées, peu d’élues.  A la suite des perspectives de carrière limitées, des horaires de travail contraignants voire la maternité. Or donc, comiques à leurs heures, les plus en vue des femmes humoristes noires, ne sont pas moins talentueuses que leurs consoeurs blanches. Certes, elles évoluent sur le même registre que les Françaises Muriel Robin, Florence Foresti, Anne Roumanoff et les Anglaises Victoria Wood, Sarah Silverman, Laura Solon. Elles donnent sa force à la fonction sociale de l’humour, à savoir : aborder des sujets difficiles en riant, en dehors des théories existantes. Mais, leurs voix ne portent pas aussi loin qu’elles souhaitent. Elles ne sont ni privilégiées par les médias traditionnels, dont le petit écran, les chaînes et les émissions particulières, ni par l’appel des festivals internationaux. Elles sont rarement reconnues du grand public de leurs pays d’origine (Afrique et Caraïbes). Elles peinent à décrocher des contrats, à bénéficier d’invitations, à faire partie de quelques programmations artistiques reconnues. Les grandes instances culturelles et artistiques de premier plan les ignorent quand elles ne les reconnaissent pas en tant qu’artistes. Ce n’est pas une surprise qu’elles aient été absentes dans la programmation du Festival Mondial des Arts Nègres tenu en décembre 2010 au Sénégal, tandis que les Arts, le cinéma, la danse, le design, la littérature, la mode, la musique, le théâtre, la gastronomie voire les sports y étaient mis à l’honneur.  Organiser un simple « one-woman-show », c’est du labeur. S’amuser du pire comme du meilleur exige toute une technique, une grande force scénique, une énergie et une forte maîtrise de la  mimique. La réussite du spectacle passe aussi bien par la qualité du texte déclamé que par l’expression, le mouvement, la manifestation de la personnalité de l’artiste, le timbre de la voix, le regard, les gestes, la façon de poser les pieds au sol, etc. Le « one-woman-show» exige d’associer, en plus d’une parole joyeuse communiquée oralement, par une seule interprète, les dimensions verbale et non verbale, orale et visuelle.  Il faut répondre aux attentes d’un public à la recherche de la détente et aux exigences de la critique. Les femmes noires humoristes jouissent aujourd’hui de plus de considération qu’il y a une vingtaine d’années. En dépit d’une absence, dans le milieu, d’une nouvelle vague d’artistes ou d’une explosion de vocations, l’humour s’est bel et bien implanté dans le paysage féminin du monde noir. Son avenir reste conditionné non seulement par la qualité des textes présentés, mais également par l’apport matériel des instances en charge de la promotion culturelle,  dont  l’imposante institution qu’est la francophonie à défaut de la société civile, des organismes étatiques ou privés.

Cikuru Batumike

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