Le personnage principal du livre avait des rêves pour son pays, la R.D.Congo. Ils ont été séparés par le poids de l’archaïsme et de la médiocratie érigés en système politique. Un système qui opprime au lieu de libérer l’homme sur fond de la dictature ou de scrutin largement arrangé.

Ce roman nous fait voyager dans l’univers impitoyable d’un Licencié en philosophie plongé dans les reviviscences d’une enfance agrémentée par le culte de la spontanéité, les insouciances et les diverses occupations des jeunes de son âge. Une enfance encadrée, dans la chaumière familiale, par l’autorité parentale, ce ressort de la marche vers l’autonomie, que vient enrichir une vie paisible, en dépit de la promiscuité et des inconvénients passagers. Une vie faite des contes et légendes fantastiques d’une grande mère soucieuse de retransmettre des valeurs de vie à sa descendance. Dans cette vie toute belle aux couleurs locales et aux référents non perturbés, le personnage principal du livre se sent bien préparé pour affronter, avec optimisme, le monde des adultes. Il a des rêves tournés vers un avenir à créer. Il a des rêves ponctués par l’amour porté aux amis et à sa fiancée. Il voit la vie en rose lorsqu’il accède à une plus grande marche, celle de l’université. Avec, au bout, une formation de linguiste et de philosophe. Avec ses richesses et ses misères. Avec ses perpétuelles confrontations d’idées entachées de quelques petites mésaventures à l’occasion de la remise du travail de fin d’études ou stoppées net par l’incursion des politiques dans la vie estudiantine qu’ils veulent embrigader. Avoir un diplôme en poche ne voulait pas dire opérer – et obtenir – des vrais choix de vie. Pas question d’ « être enseignant, réputé, mi-respecté, mi-méprisé sous les regards moqueurs des anciens« .

Il faudra exploiter d’autres voies. Par exemple émigrer vers la capitale pour chercher sa place au soleil. Tout sacrifier jusqu’à s’éloigner de sa fiancée qui l’attendait dans son village natal. Une fois à Lipopo, la capitale, il déchante, au vu des difficultés de vie auxquelles sont confrontés les citadins. Des riches et de plus en plus des pauvres. Confrontés dans leur vie aux prix qui grimpent, aux loyers qui renchérissent, aux maladies qui ravagent les plus fragiles, aux saignées des caisses publiques, à la prévarication qui gangrène la machine administrative et à la décadence des moeurs. Il en dresse un tableau accablant : « En abandonnant leurs coutumes ancestrales pour des moeurs putrescentes, les âmes simples avilies croyaient ainsi se moderniser. La prévarication était un sport. Le péculat, un art. La corruption, une nécessité. » Que reste-t-il de ce spectacle délirant sinon le fatalisme du citoyen conscient de son incapacité à protester contre ses conditions d’existence ?

Certes, des voix s’élèvent dans une résistance clandestine. Un engagement politique naît, par le biais des centres de réflexion sur la crise, pour essayer de changer les choses. Mais, ces voix sont non seulement étouffées et enfermées dans les salles d’interrogatoire de la prison, mais également poussées à grossir les rangs des cerveaux en fuite. Il réussira à s’évader grâce à quelques complicités extérieures et intérieures à la prison. Un pari non gagné parce que « Je préférais fuir ma propre société devenue un échafaudage d’iniquités vers d’autres anachronismes…vers d’autres sociétés humaines. Faites d’une espèce prétendument supérieure mais éminemment redoutable… »

Le roman de Jean Kanyarwunga est écrit dans un style rigoureux et riche en vocabulaire. Il est actuel. Il nous plonge dans une cité immobile marquée par l’impuissance des citoyens face à l’injustice ou à la réalité de la précarité devenue le trait de vie le plus visible et le plus saillant du quotidien. L’envers du parchemin est la traduction d’un parcours bloqué dans l’espace des illusions entretenues. Des illusions renforcées par le poids de l’instabilité économique, de la dictature et de manque de vision des dirigeants qui continuent à pousser les intellectuels africains sur le chemin hasardeux et incertain de l’exil ? Décidément, un parchemin pour quoi faire ?

 Jean I.N. Kanyarwunga est né en 1953 à Mugwata (Nord-Kivu) en République Démocratique du Congo. Il est licencié en Histoire de l’Université de Lubumbashi et diplômé en Etudes du développement à l’Université de Genève (I.U.E.D.). Il a été professeur puis fonctionnaire au ministère du Plan à Kinshasa. Il est installé à Genève depuis 1985.  L’envers du parchemin est le premier roman de Jean Kanyarwunga. Editions Publibook, Paris, 2006, 284 p.
ISBN : 2748333527

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