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Derrière cette première de couverture attrayante et magnifique et magnifique se cache un lumineux message pacifique, une féerique déclaration d’amour qui ne laisse personne indifférent. Arrêt sur étroiture, le sixième ouvrage de Cikuru Batumike paru récemment aux Éditions Société des écrivains, nous offre un regard perspicace sur les injustices et les inégalités, l’auteur pointe du doigt ces maux destructeurs responsables d’une hécatombe humaine.

Par Ghislaine Sathoud

En fait, on ne présente plus ce journaliste : l’ouvrage le plus récent de cet écrivain prolifique paru aux éditions L’Harmattan s’intitule Étre Noir Africain en Suisse. Intégration, identité, perception et perspectives d’avenir d’une minorité visible. Et à propos de cet Arrêt sur étroiture ?

Voici un livre enrichissant à divers degrés. Il s’agit d’un cri de cœur de l’auteur : cette jérémiade est la manifestation de son émoi et de son exaspération… Somme toute, cette œuvre explore plusieurs thématiques, plusieurs avenues pour larguer l’anathème aux maux qui minent la société : l’exil, les injustices, etc. On y retrouve également des mots crus et poignants pour dénoncer les guerres. Le poème Frères de sang évoque cette triste réalité ; ça et là, des guerres civiles éclatent, des Frères de sang s’affrontent cruellement : le paroxysme du tribalisme. Et à ce propos, l’actualité et l’histoire authentifient convenablement la réflexion de l’auteur…

Parée d’une cape pacifique, cette apologie réclame un monde plus équitable, plus juste… finalement, un monde plus humain. Tous les poèmes sont dans cette même veine : des insurrections « concertées » contre l’espèce humaine qui rejette et dévore ses semblables. Voilà donc l’impression qui reste après la lecture de cet ouvrage. Bien sûr, il n’est pas question de thèses déguisées pour révéler ce message de paix. Cikuru Batumike assume entièrement ses convictions. Les descriptions magnifiques et les mots envoûtants donnent le ton et décrivent clairement la pensée du créateur. Les mots succèdent aux mots avec élégance dans un merveilleux rythme, mais surtout, le lecteur entrevoit d’innombrables clichés des drames de ce monde, cette jungle dans laquelle l’homme apparaît comme un loup pour son semblable. Pire encore, l’homme est habité par des pulsions haineuses, des pulsions bâties sur des considérations « irrationnelles ».

Cikuru Batumike tire donc la sonnette d’alarme…

Le recueil commence par un brillant hommage à l’exil. Si le premier texte est dédié À l’exilé malien, le suivant Mauditerranée évoque brillamment le mal de vivre des « indomptables » qui défient des vigoureuses vagues meurtrières… Or, cet ultime sursaut d’espoir, on le sait, loin d’être une alternative salvatrice est en réalité un suicide…
« Voyageurs sénégalais de Florence Dans leur éternelle errance et mal-vivre Ils ne connaissent que la carence Ils trimbalent des broutilles pour vivre » (1)

La métaphore utilisée pour décrire la méditerranée est plus qu’éloquente ! Si autrefois l’océan atlantique a déjà été le témoin oculaire du « dépouillement » de l’Afrique, aujourd’hui encore, il assiste toujours impuissamment aux malheurs d’une Mère endeuillée. Il continue d’accueillir le désespoir de ces âmes brisées en quête de liberté et d’espérance. Les vagues meurtrières demeurent intransigeantes : donc les massacres se poursuivent…

L’auteur, nous le disions déjà, évoque l’épineuse question des guerres tribales : « Mur alourdi de gouttes de mosaïques des pleurs Mur ou les énergies échouent et s’amenuisent Le tam-tam ne se taira qu’au passage à l’ailleurs D’une Afrique naissante ou ses fils se nuisent » (2)

En fin de compte, ce recueil de poèmes englobe bel et bien tous les préceptes pour répondre aux exigences d’une arme puissante de lutte contre les injustices. L’écriture de Cikuru Batumike est captivante : des mots vivants et ensorcelants se déballent comme un ruban ; des mots s’enchaînent merveilleusement pour entonner un hymne à l’amour. Outre la cadence poétique, les thèmes abordés sont diversifiés et fascinants : une harmonieuse culture de paix. Une chose est sûre, la justesse des mots et la maturité du style sauront séduire les amoureux du lyrisme et surtout les défenseurs d’une justice dans ce monde fait d’injustices….

Ghislaine Sathoud

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