Le 9 octobre dernier, le poète haïtien Jean Metellus tirait la conclusion des travaux de la vingt-sixième Biennale internationale de poésie de Liège. Son intervention se passait dans la fraîche ambiance de la remise du Grand Prix des Biennales Internationales de Poésie (Prix Culture SABAM)  2010, décerné au poète Tomas Tranströmer. Ce Grand Prix offert par Culture SABAM couronne l’oeuvre poétique publiée de poètes vivants n’ayant pas encore reçu de prix internationaux. Le jury de cette année était présidé par Philippe Jones (Belgique). Reportage.

Ouverte le 6 octobre dans les locaux de l’Université de Liège, cette manifestation rassemblait, pour quelques jours, une centaine de poètes du monde dans un esprit d’échange et d’ouverture. Il faut dire que le sujet abordé Poésie et langage avait de quoi enrichir les débats. Les travaux des deux ateliers ont été très suivis par les poètes. Intitulés « Le Poète et/est sa langue » et « Initier ou éduquer par la poésie »  les conclusions des ateliers ont convergé vers l’unique et imposante synthèse que la langue est une propriété commune que doivent sauvegarder les poètes. Qu’importent la manière et les moyens d’y parvenir.

Qui dit manière, dit pratique d’écriture régulière des poètes, avec sa technique, ses règles et usages. Selon les époques. Selon que le poète emploie les mots dans leur acception francophone, anglophone et autres. Selon que le poète réinvente, à côté de sa langue maternelle, une langue d’écriture. Ou, comme l’a si bien indiqué Jean Metellus dans sa communication « le poète a ses clés, son code à lui, sa manière d’agir et de procéder propre, son système d’action aussi. (…) Un poète ne trouve sa propre singularité qu’au sein de la langue : il s’y fait le traducteur plus ou moins habile, plus ou moins doué, plus ou moins talentueux, de ce qui est en face de lui, qu’il s’agisse d’un objet, d’une nature morte, d’un tableau ou d’un être vivant comme lui. (…) Le poète est un traducteur au service de tous. »  Une manière de procéder qui colle à la peau du poète, le confondant au poème. En effet, la poétesse Linda Maria Baros de Roumanie, auteur de « La maison en lames de rasoir (Prix Apollinaire 2007) »  ne dissocie pas le poète de son poème. Elle estime « qu’on ne tombera pas dans le piège que tendent les hiérarchisations; aucune place n’est faite à une voix première ou seconde. C’est bien une voix double qui résonne ». La voix du poète est celle, à son avis, d’un être bicéphale.

Qui dit moyens, dit l’ensemble des supports sur lesquels repose cette même poésie. Maisons d’édition, supports de diffusion, mais aussi cette nécessité  de faciliter sa compréhension par d’aucuns, à commencer par les plus jeunes. Le débat porté sur l’urgence d’initier ou d’éduquer à la poésie a été des plus discutés. Ce qui suppose une approche systémique de la compréhension de la poésie, pour les uns. Une démarche inutile, pour celles et ceux qui pensent que la poésie ne s’apprends pas, ne s’explique pas, mais elle se sent. La poétesse Rita El Khayat du Maroc, auteur de « L’oeil du paon, Ed. Aïni Bennaï » estime que la poésie est innée chez des enfants. « Les meilleures initiation et éducation à la poésie doivent se faire pendant l’enfance, à un moment de sa vie où, effectivement, l’être humain est potentiellement un Poète sui generis car il vit dans le monde magique et fasciné de l’enfance… »

La rencontre de Liège s’est toujours inscrite dans une démarche d’échanges entre poètes, mais aussi dans une perspective évolutive de la poésie comme genre littéraire. Contrairement aux éditions précédentes où seuls les poètes étaient conviés dans le saint des saints, l’édition de 2010 s’est déroulée au coeur de la cité liégeoise. La massive participation des étudiantes et étudiants de la section Philosophie et Lettres de l’Université de Liège fut une démarche d’ouverture, de désacralisation du genre, pour le mettre à portée de tous, entre les mains des « guides poétiques de demain », comme le soulignait Jean-Luc Wauthier, président de la Maison internationale de la poésie-Arthur Haulot.  Aux rencontres entre poètes, des ateliers étaient étendus sur quelques heures consacrées aux exposés. Ils furent entrecoupés des moments de libre discussion sur le contenu des interventions quand ce n’était pas par les ateliers de slam et de pose voix. D’autres manifestations ont marqué de leur empreinte cette 26ème édition, à savoir: la nuit de la poésie à la Casa Nicaragua ou en soirée libre, les podiums poétiques à Aquilone et Ecuries des casernes Fonck, à la grande satisfaction de l’équipe organisatrice.

Cikuru Batumike

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