Moment privilégié que cette soirée du 20 mai 2011, entre l’écrivaine haïtienne Yanick Lahens et le public suisse dans les enceintes de la Maison de Solidarité Nord-Sud de Winterthur. Pour parler littérature et autres sujets. Rencontre avec la conférencière.

 Après les salles de conférence de la bibliothèque universitaire de la ville de Berne et d’Helfrei à Zurich, vous venez de vous adresser au public de Winterthur. Une tournée agencée sur trois soirées pour parler de vos livres et de la situation politique actuelle à Haïti. Quelle est votre impression générale sur la perception que se fait le public suisse des réalités haïtiennes ?

Y.L.: La perception suisse est celle de l’Occident, c’est-à-dire une image construite à dessein ou par ignorance de stéréotypes depuis l’indépendance d’Haiti en 1804. Haiti est une savane, rien de positif ne s’y est produit depuis son indépendance, Haiti est un pays violent, un exemple par excellence de l’incapacité des Noirs à se prendre en main. Derrière les informations qui sont renvoyées du séisme persistent ces clichés là.

 

Votre intervention a porté aussi bien sur l’aspect littéraire de votre travail que sur la situation politique actuelle d’Haïti. Le rôle d’un écrivain est-il de prendre position sur la marche à suivre des politiques, de dire ce que doit être la politique ? Une littérature apolitique est-elle possible dans un pays comme Haïti ?

 Y.L.: Je n’ai pas d’indications à donner aux politiques. Mes livres ce sont mes interrogations, mes obsessions que je mets en forme. Il se trouve que j’ai des préoccupations d’ordre politique, sociales, philosophique même. Mais je ne perds jamais de vue que je suis un écrivain. Ce que je pense, ce que je suis passera forcément dans ce que j’écris. Je n’ai absolument pas la prétention d’être un messager de la Providence.

 

Née à Port-au-Prince en 1953, vous avez un parcours littéraire riche en production littéraire : des Nouvelles et un roman. A quand remonte votre premier texte littéraire ? Etes-vous satisfaite du chemin fait ? 

Y.L.: Ma première oeuvre a paru en 1994. Je ne suis pas tout à fait satisfaite car j’aurais dû produire davantage de livres. Mais en même temps je me dis que mes expériences de terrain m’apprennent plus sur la vie, les gens. Et c’est ce qui me nourrit.

Votre carrière d’écrivain a été agrémentée des passages remarqués : à la Sorbonne, Paris, où vous avez terminé vos études en Lettres; dans l’enseignement, le journalisme, l’édition, l’association des écrivains haïtiens, le projet « La route de l’esclavage » et autres conférences sur le plan international. Y a-t-il une place à sa vie privée après tout ça ?

 

Y.L.: J’ai absolument une vie privée. J ai ce parcours qui vous semble riche mais je n’ai pas mené toutes ces expériences de front. Je ne suis pas jeune et c’est avant tout une succession d’expériences.

Haïti occupe une large part dans l’ensemble des thèmes abordés dans vos livres. Des thèmes puisés dans des situations difficiles. Peut-on tout écrire ? Y a-t-il de sujet tabou que vous n’abordez pas ?

Y.L.: On peut tout écrire avec un souci de la responsabilité qui va de pair avec la liberté. En ayant aussi le souci de la forme. Je ne pense pas avoir de sujet tabou. Il y a une fois de plus la tonalité juste à trouver comme pour une musique.

 Yanick Lahens vit à Port-au-Prince où elle s’engagE ans des activités culturelles et citoyennes. Entre ses romans, son récit, ses essais et ses nouvelles, elle voyage beaucoup et fait connaître une œuvre qui occupe une place privilégiée dans la littérature haïtienne. Ses livres sont traduits en langues allemande et anglaise. Entre autres livres recommandés: « Tante Resia et les dieux », recueil de nouvelles (éd. L’Harmattan, Paris, 1994). « La petite corruption » recueil de nouvelles suivies d’un glossaire (éditions Mémoire d’encrier, Montréal, 2003 ). « Dans la maison du père », roman (éd. Le Serpent à Plumes, 2000 et éd. Du Rocher, Paris, 2005, Prix LiBeraturpreis, Prix du Salon du livre de Leipzig, 2002). « Port-au-Prince » (éd. Presses nationales d’Haïti, 2008). « La couleur de l’aube », roman(éd. Sabine Wespieser, Paris, 2008; Prix Mille pages 2008; Prix Littéraire Richelieu de la Francophonie et Prix du Livre RFO en 2009). « Failles », récit (éd. Sabine Wespieser, Paris, 2010).  

 

Propos recueillis par Cikuru Batumike

 

 

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