jeandevost

L’artiste nous fait découvrir le corps à travers les notions d’identité et de transformation sur la base de la réalité non virtuelle. Pour la énième fois Jean Devost offre au public l’occasion de réfléchir sur la condition humaine.

La démarche vaut son pesant d’or et fait parler d’elle dans les milieux des amateurs de l’art. En effet, au fil des années, quelques-uns de ses tableaux font partie des collections publiques du gouvernement du Québec ou des entités culturelles de son pays. Son œuvre émeuve, interpelle. Depuis qu’il a quitté le cadre restreint de son pays, le Canada, pour rejoindre la Suisse, son pays d’adoption, il n’a pas cessé d’attirer l’attention de l’opinion internationale sur les désordres de notre humanité. En témoigne, l’œuvre nommée Exil visible à la Place des Nations du Haut-Commissariat des Nations unies de Genève. « Exil est une délicate céramique, fragile comme les êtres humains qu’elle représente. Des personnages forment un exode et se blottissent les uns contre les autres à la recherche d’aide, de protection. Comme support une plaque de fer lourde et usée par le temps pour représenter la Terre. Une grille de bouche d’égout, déposée sur le support pour signifier une vie souterraine, une vie d’un sans-abri, d’un sans-papier, une vie d’exilé. »

Dur dur de regarder cette représentation de la souffrance, mais utile de s’interroger sur ce que sont les motivations et les responsabilités des auteurs de cette même souffrance. Né en 1948 aux Îles-de-la-Madeleine, Québec, le canadien Jean Devost compte un palmarès artistique riche. Depuis 1984, il assure des expositions personnelles et collectives aussi bien à Montréal, au Québec, en Belgique qu’en Suisse. Cela fait plusieurs années qu’il a décidé de s’établir en Suisse, où il fait de l’enseignement de l’art son travail. Quand le temps le lui permet, il fait voyager ses toiles et fait entendre sa voix en dehors des frontières helvétiques. Ses œuvres sont faites de paysages et de performances techniques jusqu’au jour où il se sent interpellé par les atrocités qui se commettent de par le monde. Il décide de les dénoncer. De rapprocher l’homme de ses réalités quotidiennes. Ainsi donc sont nés ses personnages par le biais de « Voyage au bout de la vie ». Récemment, il a entrepris de transmettre sa passion à des personnes aveugles, par des cours de peinture au Moulin de Bevaix (près de Neuchâtel).

Le Rwanda n’est pas loin.

Les plus marquants de son travail restent ces bonhommes ruandais en terre d’argile. « Cette terre à laquelle retourne finalement toute vie. En fait, l’argile c’est, comme l’homme, fragile ». Des céramiques anonymes -têtes levées ou bouches ouvertes- formant des colonnes d’exode, à la recherche d’un mieux ailleurs. L’inspiration, la peinture et la sculpture de Jean Devost nous porte au tréfonds de la bêtise humaine: des destins individuels et collectifs brisés, forgés dans l’exil intérieur ou extérieur. Qu’il s’agisse des silhouettes inventées à partir des vies martyrisées dans le Surbtal par les juifs ou au Rwanda par les Tutsis, l’artiste croit avoir une « obligation » envers ces hommes pourchassés, rejetés et abandonnés à un avenir incertain. « Il s’agit de donner la parole aux victimes et espérer réveiller la conscience collective ». Non pas que l’artiste se prend pour le porte-parole de telle ou telle ethnie. Mais parce qu’il en souffre. Lui qui n’a jamais connu de violence confesse : « Il ne faut pas attendre que je me fasse couper un bras pour sentir que ça fait mal. On peut réagir à une souffrance non vécue personnellement. »  Pourquoi le Rwanda en ce qui concerne l’Afrique ? « L’Afrique pour moi n’est pas un prétexte. C’est une situation qui se rencontre un peu partout dans le monde. En Bosnie. En Côte-d’Ivoire. En Tchétchénie. Je ne vois pas l’Afrique comme un pays, mais comme une réalité bouleversante. Le Rwanda m’a bouleversé, comme la Bosnie. La souffrance ne connaît ni frontière ni temps. Mon art est un témoignage, un discours universel. Je ne vois pas les pays, mais le côté insensé de l’humain. Les juifs se sont fait tuer, mais ils sont en train de tuer. La conclusion est que l’homme n’a pas toujours appris grand-chose de la vie. Il n’a pas appris à mieux s’approcher de la charité, de l’humilité. Il est resté petit par égocentrisme. La vie des autres c’est devenu un jouet. En dépit de religion ou de situation géographique, l’homme, où qu’il se trouve, s’amuse encore à s’autodétruire ».

cikuru batumike

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